Jeudi 19 août 2010
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Lundi 9 août, Singapour fêtait le 45e anniversaire de
son indépendance. Cet anniversaire célébré en fanfare par un défilé grandiose fût pour moi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les conditions
qui ont mené à la création de ce tout petit pays.
Comme vous le savez, Singapour (telle qu’on la connait aujourd’hui)
fût fondée par Sir Thomas Stanford Raffles au XIXème siècle et demeura une colonie britannique jusqu’en 1942, année de l’invasion japonaise de l’île.
Suite à la défaite japonaise, Singapour retourna sous la
dominance Britannique jusqu’en 1959, année où l’île obtint une autonomie partielle du Royaume-Uni ainsi que le droit à s’autogouverner. C’est aussi l’année où le PAP (People Action Party) mené par Lee Kuan Yew accéda au pouvoir.
En 1963 Singapour rejoignit la Malaisie pour fonder la fédération
des états de Malaya. Le regroupement fût de courte durée. La Malaisie décida finalement d’exclure
Singapour à la suite d’une période d’instabilité sociale et politique caractérisée par une série d'incidents à charactère racial. L’independance de
Singapour fut prononcée le 9 août 1965 à 20h15.
Il est bon de savoir que cette indépendance de la Malaisie n’était
pas voulue par Singapour, mais plutôt fût imposée pour des raisons politiques et idéologiques. En effet, à l’époque, l’Asie entière tremblait
sous la menace communiste. Du fait de l’instabilité sociale qui régnait à Singapour ainsi que de son histoire d’activisme politique, la crainte
de voir émerger un partie communiste qui viendrait s’installer en Malaisie était bien réelle.
La deuxième raison de la séparation était liée à l’idéologie
raciale et à la question de la coexistence pacifique des peuples. L’Asie du sud-est se caractérise par une très grande diversité culturelle et
ethnique qui fut facilitée par l’époque coloniale. Bien avant la période coloniale, des immigrants venus de Chine et d’Inde avait déjà commencé
d’affluer à la recherche d’une terre où ils pourraient fuir la famine et prospérer en paix. La colonisation Néerlandaise et Britannique ne fit
qu’accélérer le processus. La perspective de travailler dans les plantations de caoutchouc et les mines d’aluminium attira une immigration de main
d’œuvre à laquelle s’ajoutait l’immigration forcée de milliers de coolies indiens et de paysans chinois. Tout cela se passait sous les yeux des
populations autochtones malaises qui se sont vite retrouvées prises dans le mélange.
Les problèmes auxquels devaient faire face les autorités
dirigeantes en 1963 étaient multiples. Une population en forte croissance, un taux de chômage très élevé, des conditions sanitaires déplorables et
une île sans aucune (ou presque) ressource naturelle. Un tel climat fournissait des conditions plus que favorables à l’explosion de conflits
interethniques et religieux. Alors que faire ? Pour le PAP, il semblait nécessaire de créer une
société multiculturelle où chacun quelle que soit son origine aurait les mêmes droits et où l’ascension sociale se ferait sur le principe du mérite.
Le problème c’est que les autorités de Malaisie ne le voyaient pas cet œil. Pour elles, les malais avaient trop souffert de la période britannique où
ils étaient systématiquement relégués au rang le plus bas de la société, contrairement aux immigrants chinois qui avaient obtenus davantage d’autonomie, leur permettant ainsi de prospérer dans le
commerce. Il était temps de rétablir l’équilibre. La Malaisie déclara donc une politique de
discrimination positive à l’égard des malais : « la Malaisie malaise ». Ce fût la goutte qui fît déborder le vase. Devant le refus du gouvernement de Singapour d’accepter un tel système, la Malaisie décida de rompre les liens politiques.
Quand on y pense, l’histoire d’un pays est faite d’événements
extraordinaires… J’ai récemment pu visionner l’annonce télévisée de l’indépendance de Singapour au cours de laquelle le premier ministre de l’époque,
Lee Kuan Yew, ne pu retenir ses larmes. Il se justifia plus tard en disant
que depuis le temps où il s’activait à obtenir l’indépendance britannique, il avait toujours su que Singapour faisait partie de la Malaisie. Ce
jour-là, s’en était fini. Singapour devait faire cavalier seul… Il doit être terrible d’avoir entre les
mains un people et un pays orphelins… Pour ces hommes qui se trouvaient là, il était désormais leur destin de fonder une nation. Dans une région politiquement instable ; à une époque où le monde cherchait un équilibre, où la menace communiste planait continuellement; avec entre les
mains une population pauvre, sans travail, sans éducation, prête à imploser à tout moment… Lorsque j’y pense, cela doit être tellement
effrayant !
Et pourtant… 45
années plus tard, Singapour a rejoint le rang des pays développés. Le chômage y est quasiment inexistant. La richesse par habitant y est l’une des plus élevée du monde. Des hommes et des femmes de pays bien plus pauvres
y émigrent à la recherche d’une vie meilleure, qu’ils y trouvent d’ailleurs la plupart du temps. Les communautés vivent en paix dans le respect de
leurs cultures et de leurs croyances.
Certes beaucoup reste à faire. La liberté politique est quasiment inexistante et des progrès sont encore nécessaires en matière de droits de l’homme.
Mais il est toujours facile de critiquer, surtout lorsque l’on n’a
pas à agir. Tellement de pays du monde s’entre-déchirent pour des raisons de croyances et de domination laissant derrière eux des milliers
d’individus dans le dénuement le plus complet… Comme l’affirmait Maslow dans sa pyramide des besoins, ce que veulent les hommes en premier lieu c’est un toit pour les protéger des intempéries, du pain pour les nourrir et un climat qui leur
permette de vivre en paix avec leurs êtres chers. Singapour a choisit la voie de l’industrialisation pour y parvenir. Un comptable singapourien me disait un jour, très fier, qu’à Singapour, l’état ne donnera pas un sou qui ne soit mérité par son propre travail… C’est une façon comme une autre d’instaurer une société multiethnique stable dans laquelle les parents peuvent rêver à un avenir pour leurs
enfants.
Singapour affirme être un état sans idéologie. Il semble qu’ici la seule idéologie qui existe c’est que l’amélioration des conditions de vie doit passer par le développement économique au moyen
du labeur de chacun et de la croissance de la consommation. C'est désormais la capitale mondiale des centre commerciaux, un pays où tout tourne autour
du shopping!
J’ai appris à l’école qu’il y avait une réponse juste à toute
question auxquelles j’étais confrontée. En devenant adulte, j’’ai dû apprendre par la force des choses que ce n’était qu’une illusion ; que l’on
apprend aux enfants que la bonne réponse existe toujours, peut-être pour les protéger de l’incertitude qui règne constamment dans le monde des adultes. Car une chose est sûre, il n’y a pas une recette unique pour être heureux et le bonheur des hommes ne dépend pas que de l’individu mais bel et bien de la
société qui l’entoure… Quoi qu’on en dise, on est dépendent du monde dans lequel on vit mais ce monde est aussi dépendent des individus qui le
composent.
J’admire ces hommes qui ont construit ce pays. Singapour est l’un de ces endroits du monde qui a su se prévenir contre les dangers de la diversité et tirer profit des différences pour créer une nation arc-en
ciel, une société multiethnique où chacun bénéficie des mêmes droits et des mêmes chances de faire quelque chose de sa vie...
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